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Comédien selon Brecht

, 11:02 - Lien permanent

Voulant produire des effets de distanciation, le comédien doit renoncer aux artifices qu'on lui a appris pour amener le public à s'identifier à ses personnages. Comme il ne se propose plus de mettre son public en transes, il ne faut pas qu'il s'y mette lui-même. Ses muscles doivent rester décontractés. ... Sa diction doit être exempte de tout ronron d'église et de ces cadences qui bercent le public au point de lui faire perdre le sens des phrases. S'il doit représenter un possédé, il se gardera de donner l'impression de l'être lui-même ; sinon comment les spectateurs découvriraient-ils ce qui possède le possédé ?

A aucun moment il ne se laisse aller à une complète métamorphose. Un jugement du genre : « Il ne jouait pas le rôle de Lear, il était Lear », serait pour lui le pire des éreintements. Il doit se contenter de montrer son personnage ou, plus exactement, ne pas se contenter de le vivre ; ce qui n'implique pas qu'il lui faille rester froid même lorsqu'il joue des personnages passionnés. Simplement, ses propres sentiments ne devraient pas se confondre automatiquement avec ceux de son personnage, de sorte que le public, de son côté, ne les adopte pas automatiquement. Le public doit jouir sur ce point de la plus entière liberté.

Exiger du comédien qu'il se tienne sur le plateau sous une double appartenance, à la fois comme Laughton et Galilée, exiger de Laughton le montreur qu'il ne disparaisse pas derrière Galilée le montré (exigence qui a valu à ce mode de jeu le nom d'épique), c'est simplement se refuser à dissimuler plus longtemps le processus réel et profane qui se déroule sur la scène. Car c'est tout de même Laughton que l'on trouve sur le plateau, Laughton qui nous montre comment il se représente Galilée ! D'ailleurs, ne serait-ce qu'à cause de son admiration pour lui, le public ne saurait oublier qu'il voit Laughton en personne, et même si celui-ci tentait une complète métamorphose. Il faut que le comédien fasse de l'action même de montrer un acte artistique.

Bertolt Brecht, Petit Organon pour le théâtre, 47-49, 1948

Commentaires

1. Le vendredi 27 avril 2007, 18:06 par Lucie

bonjour à tous! tout d'abord je me présente, je m'appelle Lucie j'ai 17ans et je suis tombé sur votre blog en cherchant des renseignement sur la distanciation de Brecht. Donc je suis en 1ère L théâtre dans un super lycée qui nous offrent l'occasion de faire 8heures de théâtre par semaine dont de la théorie. J'ai appris des tas de choses en 2ans et il me reste un an si tous va bien! j'aimerai faire du théâtre toute ma vie et encore mieux que ça soit mon métier. je me renseigne sur les écoles ou conservatoires déja mais si vous avez des renseignements n'hésitez pas à m'en envoyer. Je trouve votre blog interessant et enrichissant. Merci à tous ces gens qui font que ce ptit monde du théâtre est encore en pleine action. A bientôt ^^ Lucie