Interview intéressante de Michel Vinaver à écouter dans le podcast de l'émission du 19 mai de Comme au Theatre au sujet de...

"Par-dessus bord" de Michel Vinaver jusqu’au 15 juin, au théâtre de La Colline à Paris

"C’est un spectacle exceptionnel, pas seulement par sa durée, près de six heures, mais aussi par sa richesse, sa virtuosité, ses références à tout ce qui fait la grandeur du théâtre, son ambition d’être un théâtre total avec de la danse et de la musique. Michel Vinaver, qui fut rappelons-le PDG de Gillette France, s’appuie sur son expérience pour nous embarquer dans l’histoire d’une entreprise Ravoyre et Dehaze, leader de son secteur, le papier-toilette, et nous offrir un tableau des mutations de l’économie française à la fin des années 60. Michel Vinaver n’a pas choisi au hasard ce produit. Il dit « l’excrément est une bonne métaphore du capitalisme. Il tire sa force du renouvellement constant des déchets », autrement dit ingérer, évacuer, ingérer, évacuer est une bonne image du capitalisme. Mais même si nous assistons aux débuts de la mondialisation, au triomphe du marketing et de ses gourous arrogants et délirants, ce n’est pas pour un cours d’économie que Michel Vinaver nous embarque. C’est du théâtre comme on en rêve, ancré dans la réalité de son temps, mais qui renvoie aussi aux mythes représentés ici par un professeur qui évoque beaucoup Georges Dumezil et qui nous parle des combats des Dieux islandais. Shakespeare aussi est convoqué. Comme dans le Roi Lear, un patriarche s’efface du pouvoir que se disputent ces deux fils, le légitime, Olivier, et l’illégitime, Benoît. Ce dernier plus brutal, plus « moderne » l’emporte mais se heurtera à d’autres obstacles. Aristophane n’est pas très loin lui aussi et l’on rit beaucoup du discours si brillant et si vide des conseillers en marketing et du lancement du papier-toilette bleu-blanc-rouge qui s’imposera forcément sur le marché français, les ménagères ne pouvant résister à l’appel patriotique. Les thèmes s’entremêlent. Au centre l’entreprise, les combats économiques pour résister à la concurrence américaine, les combats pour le pouvoir, le passage à une économie où l’important devenant de séduire le consommateur, les marketeurs et les publicitaires s’imposent peu à peu. En outre, l’entreprise est aussi une vraie scène de théâtre avec des stratégies personnelles, des amitiés, des connivences au même titre que des rivalités. Il y a ceux qui foncent, ceux qui font semblant, ceux qui sont dépassés, ceux qui s’efforcent de résister sans trop se faire remarquer. Mais d’autres thèmes s’enlacent au thème central, l’antisémitisme ordinaire, la jeunesse qui oscille entre révolte et conformisme cynique, les créateurs d’avant-garde sont même brièvement convoqués comme capteurs de la perte de sens. Dans un exercice drôle d’autodérision, il y a même le cadre qui est aussi écrivain et qui s’interroge sur la possibilité d’une pièce aussi longue avec autant de personnages (une trentaine), des danseurs qu’il pense à supprimer car c’est trop cher (superbe Guesch Patti, qui chante aussi) mais qui résistent ! Comme dans un morceau de Bach, Michel Vinaver joue des variations sur les nombreux thèmes qu’il entrecroise et qui donnent son rythme à la pièce. Christian Schiaretti a signé une mise en scène superbe et juste. Il tient l’équilibre entre réflexion et ironie, entre dérision et tendresse pour les personnages. Dans un décor qui évolue des empilements de carton et du cadre un peu désuet de l’entreprise de la première partie, à un espace chic et pop dans la seconde, son spectacle trouve la légèreté nécessaire, accompagné par un petit orchestre de jazz où chante Guesch Patti et entraîné par le narrateur, double de l’auteur, joué par le formidable Olivier Balazuc. Avec lui, les trente comédiens mériteraient tous d’être nommés. C’est la première fois que la pièce est présentée dans sa version intégrale en France (on avait pu en voir une version abrégée en 1973 au TNP puis en 1974 à l’Odéon dans une mise en scène de Roger Planchon). Courez la voir en une fois ou en deux soirées". Micheline Rousselet sur snes.edu

Par-dessus bord Texte de Michel Vinaver Mise en scène de Christian Schiaretti Intégrales à 14h30 chaque samedi et dimanche du 17 mai au 15 juin. 1ère partie : mardi 20, mercredi 21et jeudi 22 mai, mardi 3, mercredi 4 et jeudi 5 juin à 19h30 2ème partie : mardi 27, mercredi 28 et jeudi 29 mai, mardi 10, mercredi 11 et jeudi 12 juin à 19h30 Théâtre National de La Colline, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris