Les énergies Sans elles, pas de présence, d’attention ni d’écoute. En l’obligeant à rester sans cesse concentré, elles lui permettent de ne pas céder aux habitudes et de garder son imagination disponible. Les énergies sont en outre un passage obligé pour que le jeu garde un rythme et que le spectateur conserve son attention à la scène. On dénombrera trois énergies :

  • L’énergie retenue. C’est sans doute la plus délicate à comprendre (et à expliquer). L’action est lente (attention : pas molle, une énergie retenue bien faite est très éprouvante). L’acteur a une intention mais quelque chose l’empêche d’agir (ce n’est pas une action au ralenti !). Au niveau du déplacement, l’acteur peut se représenter une force invisible et constante, contrant ses mouvements et contre laquelle il lutte. Les épaules doivent malgré tout rester détendues. Les mots sortent difficilement, comme arrachés de la bouche. L’énergie retenue peut-être celle de la peur, de la haine, de l’hésitation...
  • L’énergie éclatée. C’est sans doute la plus courante. Le pas est dynamique. C’est l’énergie de la joie, de la gaieté, voire de l’amour.
  • L’énergie poussée. Le feu au cul ! L’action est urgente. Le message est important. Les répliques fusent et la voie est forte. Attention : marcher en énergie poussée n’est pas courir ; trouver la nuance juste. Comme pour les autres énergies, l’acteur doit rester suffisamment détendu pour rester maître de son corps et de son esprit. La voie est forte mais doit être maitrisée pour ne pas se la blesser.

L’intention, ou volonté. Plus que le fait d’être, un personnage se caractérise par ce qui fait ou ce qu’il veut faire. Que ce soit en improvisation ou sur un texte, l’acteur doit constamment garder l’intention de son personnage. L’acteur est quelqu’un qui agit.

L’écoute C’est un outil indispensable dès que l’acteur n’est pas seul. Être à l’écoute sous entend : faire une croix sur tout ce qui est mise en valeur de sa personne, enregistrer puis accepter les propositions de jeu des partenaires, savoir où ses partenaires se trouvent dans l’espace et ce qu’ils font. Ce n’est bien sûr pas exhaustif, mais cela permet, je pense, de donner une idée. On pourrait résumer en disant qu’être à l’écoute c’est garder constamment un esprit d’ouverture vis-à-vis de ses partenaires de jeu.

Position neutre Nous appellerons position neutre celle où l’acteur est debout, les bras le long du corps, le corps détendu, regarde devant lui, et ne bougeaille pas (jambes et pieds fixes, mains et bras au repos). C'est une position d'attente, à partir de laquelle tout acte conscient est possible.

Point moteur Partie du corps déterminant le déplacement du personnage. L’acteur se déplace en suivant cette partie du corps. Exemple : la poitrine ; le personnage orientera sa poitrine avant de suivre cette orientation pour son déplacement. Avec un peu d’imagination, le point moteur d’un personnage lui conférera un état d’esprit ou pourra donner des indications sur sa manière d’être (imaginez un personnage dont le point moteur est le sexe…). Point moteurs particulièrement intéressants : le nez, le front, le regard (l’acteur se dirige là où il regarde… pas facile à maîtriser), la poitrine, une main... Certains peuvent se révéler handicapants mais ne sont pas dénués d’intérêt : un pied, un genou, une épaule, une oreille… Le point moteur se travaille au départ en l’exagérant, puis, lorsque l’acteur se sentira plus à l’aise avec, il essaiera de l’intérioriser.

Bateler Le terme vient des bateleurs sur les places des marchés, ces gens qui mettent une énergie extraordinaire pour vanter les mérites de leurs produits et attirer les clients. Ici, "bateler" devient un verbe transitif. On batelle un mot, une idée, un état, une geste... Bateler un mot revient à dire tout ce qui passe par la tête à son évocation, avec moult énergie. En quelque sorte, il faut vendre ce mot. Bateler une idée est un peu la même chose, sauf que les associations d'idées peuvent être moins évidentes pour le public. Bateler un état c'est l'accentuer le plus possible. Bateler un geste c'est, là encore, l'exagérer jusqu'à son paroxysme. Le batelage intervient surtout en cours d'exercices d'improvisations. Lorsque qu'un acteur improvise (de préférence en solo), la personne le dirigeant intervient en disant "batèle tel mot", "batèle l'état"... Le batelage est très utile, entre autre, pour faire prendre conscience à l'acteur de ses parasites (c'est à dire ce qu'il fait sans l'avoir décidé) : batelle "heu...", batelle le bougeaillement, batelle "je sais pas quoi dire", batelle "je suis mal à l'aise", batelle le regard fuyant... Très utile également pour l'expérimentation personnelle de sensations. "Batèle la tristesse", "batèle la colère"... Le batelage est souvent associé à la notion d'énergie poussée.