Les avis au sujet de cette Bérénice étaient assez divers. Son côté "épuré" et son choix de ne pas amplifier l'émotion partageait le groupe en une partie qui n'avait pas gouté ce choix alors que l'autre trouvait qu'il conférait au texte un "caractère incantatoire" bien dans l'esprit de la tragédie. La césure entre les deux groupes semblait correspondre en partie à la distinction entre celles et ceux qui connaissaient déjà le texte et les autres. La plupart des membres de notre groupe ont beaucoup apprécié les décors, les possibilités de jeu offertes par les coulisses transparentes. En ce qui concerne les comédiens, les points forts relevés par différentes personnes ont été notamment :

  • La qualité avec laquelle Philippe Chateau dit le vers racinien
  • Les superbes propositions corporelles de Marcel Mankita
  • L'émotion intérieure de Nanténé Traoré
  • L'étonnante plasticité de Radhouane El Meddeb dans ses différents rôles de confident


Nous sommes impatients de faire part de nos impressions à Philippe Chateau, avec lequel nous devons travailler prochainement, et d'avoir quelques mots de sa part sur ces choix de mise en scène.

Citons au passage d'autres commentaires trouvés sur le web sur cette Bérénice :

  • Au su et au vu de tous, dans une antichambre ouverte

Bérénice, la reine Bérénice, est abandonnée

mise à terre blessée humiliée Elle se redresse pourtant

face au monde des hommes face à l’homme qui la quitte face à un autre qui la veut.

" M’intéresse aujourd’hui de mettre en scène cette rupture tragique érigée par des règles absurdes acceptées de tous, comme une garantie de l’ordre public.

... des règles subtilement mises en œuvre par ceux à qui je ne donne qu’un seul visage : les confidents, les amis, les conseillers, ceux qui font l’histoire à l’ombre des grandes figures.

Et finiront par rendre le corps de Bérénice dur comme celui d’un guerrier, froid et déserté.

Nanténé Traoré est Bérénice, Marcel Mankita est Titus. Ils incarnent cette reine et cet empereur cédant sous le poids d’une loi xénophobe.

Répudiée parce qu’elle est reine – en même temps femme et femme de pouvoir – et parce qu’elle est étrangère, Bérénice est une figure tragique étonnamment moderne."

Catherine Boskowitz

DISTRIBUTION Mise en scène : Catherine Boskowitz Texte : Jean Racine Costumes : Francine Jacques et Anne Yarmola Conception lumière : Laurent Vergnaud Conception son : Stéphane Gombert Conception scénographique : Catherine Boskowitz, Laurent Vergnaud, Francine Jacques

Avec : Nanténé Traoré : Bérénice, reine de Palestine Marcel Mankita : Titus, empereur de Rome Philippe Château : Antiochus, roi de Comagène Radhouane El Meddeb : les 3 confidents(es) (Paulin, Arsace et Phénice)

Une production du Collectif 12 aidée à la création théâtrale professionnelle par le Conseil général des Yvelines Production : Collectif 12, avec le soutien de la Ville de Mantes-la-Jolie, la Communauté d’Agglomération de Mantes-en-Yvelines, le réseau Créat’Yve, Francofffonies ! le festival francophone en France et l'ADAMI. Le Collectif 12 est soutenu par la Ville de Mantes-la-Jolie, la DRAC Ile-de-France et la Région Ile-de-France.


  • Avec Nanténé Traoré, Marcel Mankita, Philippe Chateau, Radhouane El Meddeb

Dans une mise en scène de Catherine Boskowitz Collectif 12 et Compagnie abc

Catherine Boskowitz a choisi, pour cette mise en scène contemporaine de Bérénice, quatre comédiens originaires de pays différents : le Congo, le Mali, la France et la Tunisie, sachant qu'ils sauraient se saisir de la langue de Racine avec un art qui n'appartient qu'à ceux qui entretiennent une connaissance subtile de la langue française.

Au su et au vu de tous, dans une antichambre ouverte, la reine Bérénice, est abandonnée par Titus& parce qu'elle est étrangère.

Pourtant citoyens du même Empire, les protagonistes de Bérénice sont des étrangers les uns pour les autres. Titus est de Rome, Bérénice de Palestine et Antiochus de Comagène.

Il s'agit pour Catherine Boskowitz de mettre en scène cette rupture érigée par des règles absurdes, acceptées par tous comme garantes de l'ordre public et mises en oeuvre par ceux qui n'ont qu'un seul visage : les confidents, les amis, les conseillers, ceux qui font l'histoire à l'ombre des grandes figures.


  • Bérénice de Jean Racine au Collectif 12

vendredi 1er septembre 2006, par François DUCHAMP

Depuis huit qu’il est installé à Mantes, le Collectif 12 ne nous a pas habitué à un répertoire classique. On sait ces artistes plus inquiets de traquer ce qui fait frissonner notre présent que d’assurer la reprise d’un patrimoine consensuel. Alors quelle mouche a donc piqué Catherine Boskowitz pour qu’elle se décide à faire entendre la cadence racinienne à Mantes la Jolie ? A vrai dire, je n’en sais rien, mais ce qui est sûr c’est que, devant le fronton classique de l’Hospice Saint-Charles à Rosny, sous un ciel de crépuscule digne du Lorrain, la représentation que la troupe donne en avant-première n’a rien d’une poussiéreuse évocation. On s’en doutait bien un peu, ne serait-ce que parce que les noms de la distribution sonnent comme un programme.

Titus vient de perdre son père, l’empereur Vespasien, et il accède ainsi au trône impérial. Mais il va lui falloir renoncer à son amour Bérénice, reine de Palestine, que le peuple de Rome ne saurait tolérer : pas de roi ni de reine à Rome ni d’étrangère. Et « malgré lui, malgré elle », Titus renvoie Bérénice. Il n’en faut pas plus à Racine pour écrire les cinq actes d’une de ses plus belles tragédies. Brossant les affres du pouvoir et de l’intimité, il fait l’éloge du sacrifice de soi. La victime expiatoire est néanmoins l’orientale, qui menace Rome par sa double qualité de reine et d’étrangère. La menace résonne curieusement à nos oreilles, en ces temps de « guerre des civilisations » réelle ou fantasmée.

Mais ce n’est pas l’actualité de Racine qui me frappe ce soir dans la bouche des acteurs. Ce qui est profondément émouvant, c’est la manière fragile et sincère avec laquelle ces quatre acteurs s’emparent de la langue la plus intimidante de toute la littérature dramatique française, sur laquelle pèsent toutes les gloires nationales de la scène, de la Champmeslé à Maria Casarès en passant par Sarah Bernhardt, pour ne citer que les femmes. Personne ne cherche à faire le malin, ce soir, juste à se faire une petite place dans ce texte et à le faire vibrer. Seule une partie du décor est utilisée pour cette avant-première en plein air, mais il est très simple, comme la lumière et le son qui interviennent avec sobriété et efficacité. Les acteurs peuvent, alors, habiter cette langue, modestement, timidement, et le sujet de la tragédie se réfracte parfois sur l’enjeu suivant : l’amour qu’ils portent à cette la langue, est-il payé de retour ? Ou bien faut-il se résoudre à ce que « malgré elle, malgré eux », la poésie racinienne rejette ces francophones peu conformes au canon ? Le déchirement des deux amants prend une urgence peu commune et l’imperfection même du spectacle est sa plus grande qualité.

J’espère seulement qu’ils garderont cette vulnérabilité et qu’ils continueront à pousser ce cri déchirant, si pathétique et si pertinent aujourd’hui : « Racine, aime-moi ! »

François DUCHAMP



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