Dans cette pièce, qui relate l'histoire d'une idée fixe, Pierre Arditi, Didier Bezace et Evelyne Bouix se renvoient la parole.

Première oeuvre écrite (en 1978) par Nathalie Sarraute directement pour le théâtre, Elle est là illustre le "théâtre de langage" cher à l'auteure et l'un de ses thèmes de prédilection, l'obsession.

Dans la petite salle du centre dramatique national qu'il dirige depuis 1997, Didier Bezace met en scène ses retrouvailles avec Pierre Arditi, sept ans après avoir fait avec lui l'ouverture du Festival d'Avignon 2001, dans la Cour d'honneur du Palais des papes, avec L'Ecole des femmes de Molière.

Evelyne Bouix, la compagne de Pierre Arditi, incarne la collaboratrice de celui-ci, celle qui va provoquer son tourment. Le personnage de Pierre Arditi, auquel Sarraute a donné un nom en forme de code (H.2), est torturé par l'intime conviction que cette femme n'est pas d'accord avec lui. Au cours d'une discussion, il a cru percevoir chez elle un désaccord. Cette idée, il n'en sait rien mais "elle est là" et ça le mine.

La chose prend des proportions insensées: H.2 est prêt à tout, jusqu'à la violence assassine, pour faire sortir cette idée de la tête de son "associée". Il ne passera pas à l'acte mais confiera ses états d'âme à un autre homme, H.3 (Didier Bezace).

Nathalie Sarraute (1900-1999), fine observatrice de ce qui se cache derrière les paroles, pensait que sa dramaturgie verbale était capable à elle seule de "produire l'action": le spectateur peut en douter mais aussi se laisser prendre à ce jeu de mots qui flirte joliment avec l'absurde et l'ironie.

Sans doute pour laisser toute sa place au texte, la scénographie de Jean Haas et Didier Bezace est sobre: une table de verre et quelques chaises de bureau meublent à peine le plateau noir. Le travail sur la lumière, signé par Dominique Fortin, est plus ambitieux.

Texte original sur france2.fr