Le public français pourra voir la Palme d'or de Cannes plus tôt que prévu. Le film «Entre les murs» de Laurent Cantet sortira en salles le 24 septembre, et non le 15 octobre comme prévu, annonce jeudi le Parisien. La société Haut et Court, qui produit le film, a décidé d'avancer la sortie de trois semaines car «plusieurs exploitants de salles étrangers, italiens par exemple, ont choisi de lancer le film dès le mois de septembre», explique la productrice Carole Scotta, citée par le journal. Selon elle, «il était logique que la France ne soit pas à la traîne». Ce choix pourrait aussi permettre à la Palme d'or de concourir… aux Oscars. La productrice d' «Entre les murs» avance ainsi que le film «pourrait bien être en lice pour représenter la France aux Oscars 2009». Or, pour figurer dans la sélection, le film doit être sorti sur les écrans français entre le 1er octobre 2007 et le 30 septembre 2008. Le 24 septembre, «Entre les murs» devrait être à l'affiche dans 400 salles de l'hexagone. Le film a déjà été vendu à 43 pays et des dizaines d'autres, dont les Etats-Unis, s'y intéressent. Le film de Laurent Cantet, mi-documentaire mi-fiction, dépeint le quotidien d'une classe d'un collège parisien, rythmé par les joutes oratoires entre un jeune professeur de français et ses élèves. La bande annonce d'«Entre les murs» :



Au lendemain de leur palme d'or au Festival de Cannes, les élèves comédiens du film « Entre les murs » ont retrouvé leur collège. Sous les vivats. Une hystérie collective. Comme pour des stars de Hollywood. Il est 14 h 07 quand le bus transportant les vingt-quatre collégiens du film de Laurent Cantet Entre les murs, palme d'or du Festival de Cannes, arrive au collège Françoise-Dolto, rue des Pyrénées, dans le XXe arrondissement de Paris. Et c'est le délire. Nassim ! Laura ! Damien ! Juliette ! Près des 420 élèves de l'établissement scandent, sur le trottoir et dans une forêt de micros, de perches et de caméras, le nom de leurs copains qui descendent du car. Par sécurité, Jean-Claude Defaux, le principal du collège, prend la décision de faire entrer tout le monde. « On a réussi à les calmer un peu », lance-t-il aux journalistes alors que les gamins de Cannes se frayent un chemin jusqu'à la salle de permanence improvisée en salle de presse. En réalité, c'est la cohue. Des mères implorent qu'on les laisse approcher leur petit. La presse télé joue des coudes pour filmer ces jeunes « black-blanc-beur », nouveau symbole de l'intégration sociale, à l'image de Zidane et de ses pairs lors de la Coupe du monde de 1998. Faut-il y voir une victoire de l'Éducation nationale ? Le principal relativise : « Je suis heureux pour les élèves et le personnel du collège qui ont tourné le film. Mais il faut rester les pieds sur terre et protéger les jeunes. » Et de souligner : « Ici, on n'est pas dans l'improvisation. Ils vont devoir redevenir des collégiens. » Clin d'œil au procédé du réalisateur qui les fit improviser avant de les sélectionner. Visiblement fatigués, les lauréats encore sur leur 31 se plient de bonne grâce aux questions. « C'est super ce qui nous arrive. » « Cannes, c'est trop chaleureux. » « On est encore sous le choc. » « On savait qu'on allait avoir quelque chose mais on ne savait pas quoi. » Ce que cela va changer ? « Rien, ça ne va rien changer à nos vies. » Et la reprise ? « Pas difficile, il faut garder la tête sur les épaules », répondent-ils avec l'aplomb de leurs 15 ans. Mais on les sent sonnés. Des « grands frères » les épaulent. « C'est une expérience nouvelle pour eux. Ils ne réalisent pas », tempère ainsi Brahim Rachid, éducateur sportif, pour qui le plus important aujourd'hui est la réputation de l'établissement. « Ça montre une autre image après tous les soucis qu'on a eus par rapport au comportement des élèves », se réjouit-il. Car la violence a souvent transpiré des murs de ce collège classé « zone d'éducation prioritaire » dont le taux de réussite au brevet culmine à 65 %. « Ce n'est tout de même pas la zone », réplique un enseignant piqué au vif. « Même les “bobos” y inscrivent leurs enfants », insiste Maurice Quénet, le recteur de Paris. Il n'empêche : « On a encore pas mal d'analphabètes et d'illettrés dans les classes de 4e », déplore l'éducateur sportif. Alors ce film, pour lui, est bel et bien une victoire de l'éducation nationale, puisque cela a « permis à beaucoup de jeunes de revenir à l'école où ils ne venaient plus depuis longtemps. C'est un collège difficile, cela montre les efforts des professeurs ». Des hasards qui font des destins Pourquoi, d'ailleurs, le collège Françoise-Dolto plutôt qu'un autre ? Avec un de ces hasards qui font les destins, l'assistante de production de Laurent Cantet habite dans le quartier. Et le principal, cinéphile, qui avait adoré Ressources humaines du réalisateur, a accepté le pari. Une décision risquée dans une institution frileuse, qui redoute le regard extérieur. Mais Jean-Claude Defaux précise : « L'objectif n'était pas d'améliorer ou de détériorer l'image du collège mais de tourner une création. » Pourtant, si l'œuvre est une fiction, « un film, pas un documentaire », martèle le principal, elle ressemble drôlement à la réalité. On sent pointer la rugosité des 4e, à l'image des copains qui attendaient hier matin assis sur les barrières métalliques rue des Pyrénées, devant l'établissement. Certains faisaient l'école buissonnière pour répondre aux interviews. « Y'a pas une télé connue ? » cherchait Magid qui a « déjà fait France 2, i-Télé et BFM ». Nassim, lui, n'en revenait toujours pas : « C'est un film de quartier, y'a pas d'acteur connu ! » Non loin, Guillaume se mordait les doigts de n'avoir pas inscrit son nom sur la feuille qui a circulé l'an dernier pour participer au projet, en tant que « figurant ou acteur principal » : « Moi aussi, j'aurais pu être sélectionné. » Aucune jalousie, toutefois, ne pointe dans son commentaire. Car cette récompense, c'est aussi un peu celle de tous. Même si tous les élèves ne partagent pas toujours la description de la vie quotidienne d'une classe « à problèmes » faite dans Entre les murs. « C'est un peu exagéré. On n'est pas tous comme ça ! », s'insurge Aminata. « Pour n'importe quoi, ils s'enflamment. Après, ça retombe », contredit une enseignante. À l'extérieur, les badauds passent estomaqués devant ce collège à banderoles. « Pour les sans-papiers » puis « Pour la grève », il y a quelques semaines. Et maintenant : « Entre les Murs, Cannes 2008, palme d'or ».

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