Sommaire 1 Biographie 2 Anecdotes 3 Œuvre 4 Bibliographie 5 Notes et références 6 Liens externes





Biographie

De père inconnu (il s'appelait Blanc en fait d'après les archives de l'Assistance publique), abandonné à la naissance par sa mère, le jeune Jean Genet est envoyé dans une famille nourricière du Morvan. Cette région, véritable « laiterie » de la France au début XXe siècle, regroupe alors une grande proportion des familles mandatées par l'Assistance Publique pour recueillir et élever les enfants abandonnés de la IIIe République.

La famille adoptive de Genet lui offre l'éducation communale, une mère de lait douce et aimante, un environnement protégé. L'enfant y est heureux, bon élève et enfant de chœur, mais réservé et taciturne. De cette époque remontent les premiers émois masculins de Genet, en la personne du petit Lou Culafroy — qui deviendra plus tard Divine, héros et ensuite héroïne de Notre-Dame-des-Fleurs — ainsi que d'hommes plus âgés, braconniers de passage ou marginaux égarés. Il obtient la meilleure note de sa commune au certificat d'études primaires

Il commet son premier vol à l'âge de 10 ans. C'est l'acte fondateur de la mythologie de Genet qui, fustigé pour son acte, donne un change très existentialiste en sanctifiant son geste, revendiquant ainsi une antisocialité profonde. Il fugue et, à 13 ans, est séparé d'office de sa famille d'adoption pour suivre une formation de typographe. Fuguant à nouveau, il est enfermé dans la colonie pénitentiaire de Mettray, où se cristallisent ses tentations homosexuelles ainsi que toute la liturgie de domination/soumission, la hiérarchie masculine et virile et la féodalité brutale qui en découlent aux yeux de Genet.

Il quitte les lieux à 18 ans, s'engage dans la légion étrangère. Il découvre pour la première fois l'Afrique du Nord, le Proche-Orient, qui lui laissent une très forte impression de par les passions qui y règnent, le charisme mâle et volontaire de ses habitants, les tourments des peuples opprimés par la France colonisatrice. Revenu à Paris, vivant de petits larcins (dont le vol de livres), Genet fréquente plusieurs prisons, dont la maison d'arrêt de Fresnes.

Il y écrit ses premiers poèmes et ses quelques ébauches de roman, sans cesse reprises, refondues, rejetées. Genet est un perfectionniste, un éternel insatisfait, un obsédé de la beauté du mot. Lui qui sacralise le geste, la signification de l'acte, n'admet la viabilité du verbe que lorsque il est beau, puissant, racé.

Ses premiers romans paraissent. Censurés, car jugés pornographiques, ils se distribuent sous le manteau. Le journal du voleur décrit ses errances adolescentes hors de France. Le miracle de la rose met en parallèle ses années de prison et sa fascination pour un assassin avec ses années à la colonie de Mettray. Notre-Dame-des-Fleurs évoque l'enfance et les créatures ambiguës de la nuit homosexuelle parisienne du Paris d'avant-guerre. Dans "Pompes funèbres" (1947), Jean Genet propose une vision homoérotisée d'Hitler, ainsi qu'un regard poétique sur les rapports qu'entretiennent la violence nazie et l'attirance sexuelle.

Cocteau et Sartre encensent ce mauvais garçon de la scène littéraire française et le considèrent comme le génie de leur temps. Cocteau le sauve de la prison à perpétuité et Sartre se met à écrire une œuvre sur lui (Saint Genet, comédien et martyr), en faisant l'exemplum de sa philosophie existentialiste. Ce livre déprimera profondément Genet.

Genet, au faîte de sa gloire parisienne, fréquente Sartre, Simone de Beauvoir, Alberto Giacometti, Henri Matisse, Brassaï. Il entame une carrière de dramaturge ; précédées par sa réputation et son odeur de scandale, ses pièces sont des succès, contrastant avec un accueil critique très ambivalent et une diffusion longtemps confidentielle. Les plus grands metteurs en scène montent ses premières pièces: Roger Blin monte Les Nègres puis Les Paravents.

Le propos de Genet se fait plus engagé, la politique le titille. Il élève la voix contre la tyrannie blanche, la domination occidentale, l'état déplorable dans lequel la France abandonne ses anciennes colonies.

Abandonnant quelque temps l'écriture, il se consacre à des combats marginaux, souvent d'extrême gauche : Black Panthers (qu'il rencontre et soutient dès 1970) aux États-Unis, les Palestiniens de l'OLP (il y rencontre Yasser Arafat et Leïla Chahid en septembre 1982, et est le premier Occidental à pénétrer dans Chatila, après les massacres perpétrés par les milices chrétiennes, alliées de l'armée israélienne du commandant Ariel Sharon). Il en tire son texte politique majeur Quatre heures à Chatila). Il est aussi connu pour ses propos antisémites qui ont suscité maints commentaires, banalisants de Sartre1, ou très critiques de la part de nombres d'intellectuels qui mettaient notamment en cause ses propos sur Hitler (1.

Il revient plus tard au théâtre, puis à l'écriture romanesque. Le décès de son compagnon, Abdallah (qui lui a inspiré le poème Le funambule) et sa toxicomanie aux barbituriques mettent à mal son mode de vie d'errance. Genet, jusqu'à la fin, vit dans des chambres d'hôtel sordides, souvent près des gares, ne voyageant qu'avec une petite valise remplie de lettres de ses amis et de manuscrits.

Les combats politiques l'occupent jusqu'à la fin de sa vie, prenant systématiquement fait et cause pour les opprimés, les faibles, les pauvres oubliés de la richesse du monde.

Le 15 avril 1986, rongé par un cancer de la gorge, l'écrivain fait une mauvaise chute la nuit dans une chambre d'hôtel parisienne et se tue. Jean Genet vient de mourir comme il avait vécu, dans l'errance et la solitude. Il est enseveli au vieux cimetière espagnol de Larache au Maroc.

Anecdotes

Jean Genet est né en 1910 et décédé en 1986, or ces deux années sont celles des deux derniers passages de la Comète de Halley à proximité de la terre. Le chanteur japonais d'acid-folk Kazuki Tomokawa a écrit une chanson en hommage à Jean Genet sur son album Erise No Me (en français : Les yeux d'Élise) ; il s'agit de la chanson Jean Genet ni Kike. Une chanson a également été écrite par Cocorosie : 1910 ou Beautiful Boyz, sur l'album Noah's Ark. Le chanteur Nicolas Bacchus (Nicolas Bages) a mis en musique le poème "Cayenne" de Genet, écrit en 1939 à la prison de St Brieuc. Le titre figure sur le premier album "Coupe d'immonde" et le poème est lisible sur le site du chanteur. (http://www.nicolas-bacchus.com/index.php?page=chanson)

Œuvre Autobiographie Journal du voleur (1949). Le manuscrit de cette œuvre s'est vendu en mars 1999 pour la somme de 259 000 euros. Romans Notre-Dame-des-Fleurs (1944) Miracle de la rose (1946) Pompes funèbres (1947) Querelle de Brest (1947) Théâtre Les Bonnes (1947) Haute surveillance (1949) Le Balcon (1956) Les Nègres (1959) Les Paravents (1961) "Elle" (1989, édition posthume) Splendid's (1993, édition posthume) Le Bagne (1994, édition posthume) Récits Un captif amoureux (1986) Film Un chant d'amour (1950), avec un baiser de fumée Textes et entretiens L'ennemi déclaré (1991) Poésie Le Condamné à mort . (suivi de) Le Funambule(1942) Extrait :

Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou Que ma main plus légère et grave qu’une veuve Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve, Laisse tes dents poser leur sourire de loup.

Ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne, Arrive dans mes yeux qui seront morts demain. Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main, Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.

Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir, Ni les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire Accueillir la rosée où le matin va boire, Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.

Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde ! Visite dans sa nuit ton condamné à mort. Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords, Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.

Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour. Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes. On peut se demander pourquoi les Cours condamnent Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes ! Traverse les couloirs, descends, marche léger, Vole dans l’escalier plus souple qu’un berger, Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.

Ô traverse les murs ; s’il le faut marche au bord Des toits, des océans ; couvre-toi de lumière, Use de la menace, use de la prière, Mais viens, ô ma frégate, une heure avant la mort.

Pardonnez-moi mon Dieu parce que j’ai péché ! Les larmes de ma voix, ma fièvre, ma souffrance, Le mal de m’envoler du beau pays de France, N’est-ce pas assez, mon Seigneur, pour aller me coucher.

Trébuchant d’espérance Dans vos bras embaumés, dans vos châteaux de neige ! Seigneur des lieux obscurs, je sais encore prier. C’est moi, mon père, un jour, qui me suis écrié : Gloire au plus haut du ciel au Dieu qui me protège, Hermès au tendre pied !

Je demande à la mort la paix, les longs sommeils, Le chant des séraphins, leurs parfums, leurs guirlandes, Les angelots de laine en chaudes houppelandes, Et j’espère des nuits sans lunes ni soleils Sur d’immobiles landes.

Ce n’est pas ce matin que l’on me guillotine. Je peux dormir tranquille. À l’étage au-dessus Mon mignon paresseux, ma perle, mon Jésus S’éveille. Il va cogner de sa dure bottine À mon crâne tondu.

Bibliographie

Jean-Luc A. d'Asciano, Petite mystique de Jean Genet, la famille, la mort, le pardon, Éd. L'œil d'or, Paris, 2007. Claude Bonnefoy, Jean Genet, Éd. universitaires, Paris, 1965. Roland Caillaux, vingt Lithographies pour un livre que j'ai lu (à propos de Notre-Dame-Des-Fleurs de Jean Genet. Dessins refusés par l'auteur). Lille: QuestionDeGenre/GKC, 1996. Mohamed Choukri, Jean Genet et Tennessee Williams à Tanger, Quai Voltaire, Paris, 1992. Jean Cocteau, Le Passé défini, 3 vol., Gallimard, Paris, 1983. Marc Dambre, « Journal du voleur » de Jean Genet, Gallimard foliothèque, Paris, 2000. Jacques Derrida, Glas, Galilée, Paris, 1974. Albert Dichy & P. Fouché, Jean Genet, essai de chronologie, 1910-1944, Bibliothèque de littérature française contemporaine, université de Paris-VII, I.M.E.C., Paris, 1988. Aïcha El Basri, L’Imaginaire carcéral de Jean Genet, L’Harmattan, Paris, 1999. Didier Eribon, Une morale du minoritaire. Variations sur un thème de Jean Genet, Fayard, Paris, 2001. Nathalie Fredette, Figures baroques de Jean Genet, Montréal, XYZ, et Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2001. Jane Giles, Un chant d'amour. Le cinéma de Jean Genet, Macula, Paris, 1993. J.A. Gitenet, Réflexions sur l'univers homosocial dans Splendid's de Jean Genet. L'homme divisé, L'Harmattan, Paris, 2002. J.A. Gitenet, Jean Genet:problématique des masculinités dans Haute Surveillance. L'homme déplié, L'Harmattan, Paris, 2003. J.A. Gitenet, Le no man's land de l'image dans "Elle" de Jean Genet. L'homme disloqué, L'Harmattan, Paris, 2004. Juan Goytisolo, Les Royaumes déchirés, trad. J. Lacor, Fayard, Paris, 1988. Jérôme Hankins, Genet à Chatila, Solin, Arles, 1992. Mairéad Hanrahan, Lire Genet, une poétique de la différence, Presses universitaires de Montréal et de Lyon, Montréal et Lyon, 1997. Marie-Claude Hubert, L’Esthétique de Jean Genet, Liège, SEDES, 1996. Hédi Khelil, De l’extranéité à l’altérité, figures de l’écriture dans l’œuvre de Jean Genet, Academia Bruylant, Louvain-la-neuve, 2003. I. Jablonka, Vérités inavouables de Jean Genet, Seuil, Paris, 2004. ISBN 202067940X B.G Kennely, Unfinished Business:Tracing incompletion in Jean Genet's Posthumously Published Plays, Rodopi, Amsterdam, 1997. Hadrien Laroche, Le Dernier Genet, Seuil, Paris, 1997. Violette Leduc, La Folie en tête, Gallimard, Paris, 1970. Arnaud Malgorn, Jean Genet, qui êtes-vous ?, La Manufacture, Lyon, 1988. Arnaud Malgorn, Jean Genet, portrait d’un marginal exemplaire, Gallimard Découvertes, Paris, 2002. Alain Bernard Marchand, Genet. Le joueur impénitent, Les Herbes rouges, Montréal, 1997. Kate Millett, La Politique du mâle (Sexual Politics, 1969), traduit par Élisabeth Gille, Stock, Paris, 1971, rééd. Seuil points actuel. Jean-Bernard Moraly, Jean Genet, la vie écrite, La Différence, Paris, 1988. Les Nègres au port de la Lune, Genet et les différences, ouvr. coll., ibid., 1988. Marie Redonnet, Jean Genet, le poète travesti, Grasset, Paris, 2000. Jean-Pierre Renault, Une enfance abandonnée : Jean Genet à Alligny-en-Morvan, La Chambre d’échos, Paris, 2000 Jean-Paul Sartre, Saint Genet, comédien et martyr, Gallimard, Paris, 1952. Edmund White, Jean Genet, trad. P. Delamare, ibid., 1993.



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